Quelques rayures bleues et blanches suffisent à évoquer la France entière. La marinière est de ces pièces qu'on reconnaît au premier coup d'oeil, au même titre que le béret ou la baguette. Pourtant, derrière ce motif si familier se cache une histoire qui n'a rien d'anodin : celle d'un humble vêtement de marin devenu, en un peu plus d'un siècle, l'un des plus beaux symboles du style français. Voici comment.
Aux origines : un sous-vêtement de marin
Avant d'être une icône de mode, la marinière était un vêtement de travail, et même un sous-vêtement. Les rayures sont liées au monde maritime depuis plusieurs siècles, mais jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, les matelots français embarquaient avec leurs propres habits, ce qui donnait des équipages dépareillés. Le tricot rayé, lui, était à l'origine un tricot de corps en jersey, porté à même la peau sous la vareuse, et assez long pour être rentré dans le pantalon. Rien de glamour, donc : juste une pièce pratique, pensée pour le quotidien rude des gens de mer.
1858 : le décret qui codifie les rayures
Tout change le 27 mars 1858. Un décret impérial intègre officiellement le tricot rayé bleu et blanc à l'uniforme des matelots de la Marine nationale. Pour la première fois, la tenue des marins est encadrée avec une précision extrême, au millimètre près. Le texte fixe le nombre de rayures et leur largeur : une vingtaine de rayures blanches larges sur le corps, alternées avec des rayures bleu indigo plus fines, et un nombre défini sur les manches trois-quarts. Cette rigueur, et le lien fort avec la Bretagne, qui fournit alors de nombreux marins, vont ancrer durablement la marinière dans l'imaginaire maritime français.
La légende des 21 rayures
On raconte souvent que les 21 rayures de la marinière représenteraient les 21 victoires de Napoléon, ou encore que les rayures servaient à mieux repérer un marin tombé à la mer. Ces deux histoires sont jolies, mais fausses. La réalité est plus terre à terre : le nombre et la largeur des rayures viennent surtout d'une technique de tissage particulière et d'un souci d'économie, car la teinture indigo coûtait cher à l'époque. On en mettait donc le moins possible. Le vêtement était par ailleurs conçu d'une seule pièce, avec un minimum de coutures et de boutons, pour éviter de se prendre dans les cordages. L'élégance du résultat n'était au départ qu'une heureuse conséquence de contraintes très pratiques.
Coco Chanel et l'entrée dans la mode
Le grand tournant arrive au début du vingtième siècle. À cette époque, les Français découvrent les bains de mer et les premiers loisirs balnéaires, et la rayure, longtemps mal vue, devient peu à peu un symbole de liberté. C'est Coco Chanel qui fait basculer la marinière du côté de la mode. Habituée de Deauville et inspirée par les marins locaux, elle lance dès les années 1910 un style marin dans ses créations pour femmes. Son geste est audacieux : elle détourne un vêtement de travail strictement masculin pour l'offrir aux femmes, en le rendant plus fluide et plus léger. La marinière passe alors d'un uniforme rude à une pièce de mode désirable, et ne quittera plus jamais le vestiaire féminin.
De Saint Laurent à Gaultier : l'icône
Après Chanel, les plus grands couturiers s'emparent de la marinière. Yves Saint Laurent la revisite dans une collection matelot à la fin des années 1960, jusqu'à proposer des robes rayées. Mais c'est sans doute Jean Paul Gaultier qui en fait la pièce la plus iconique : il l'adopte dès ses débuts et en fait une véritable signature, au point de saluer le public en marinière à la fin de ses défilés. Portée au cinéma, sur les podiums et dans la rue, la marinière devient alors bien plus qu'un vêtement : un marqueur du chic à la française, reconnu dans le monde entier au même titre que les grandes maisons parisiennes.
Comment porter la marinière aujourd'hui
Si la marinière traverse les époques sans prendre une ride, c'est qu'elle est l'incarnation même du chic parisien : simple, intemporelle, et facile à porter. La règle d'or reste la sobriété. Associe-la à un jean droit ou à un jean large pour un look casual chic immédiat. Ajoute un blazer pour structurer la silhouette et faire passer la tenue du week-end au bureau. Côté chaussures, des ballerines ou des baskets blanches suffisent. Quelques accessoires sobres, et le tour est joué. C'est exactement l'esprit qu'on défend dans notre article sur le style casual chic parisien, lui-même héritier de toute cette histoire du style chic parisien.
Questions fréquentes
Qui a inventé la marinière ?
La marinière n'a pas d'inventeur unique. Elle vient de la tradition des vêtements rayés portés par les gens de mer, puis a été officialisée comme uniforme des matelots de la Marine nationale française par un décret de 1858. Sa carrière dans la mode, en revanche, doit beaucoup à Coco Chanel.
Pourquoi la marinière a-t-elle 21 rayures ?
Contrairement à la légende, les rayures ne représentent pas les victoires de Napoléon et ne servaient pas à repérer les marins tombés à la mer. Leur nombre vient d'une technique de tissage et d'un souci d'économie, la teinture indigo étant coûteuse à l'époque.
Coco Chanel a-t-elle créé la marinière ?
Non, elle ne l'a pas créée, mais elle l'a popularisée dans la mode. Dès les années 1910, à Deauville, elle reprend le style marin et l'adapte aux femmes en le rendant plus fluide. C'est ce geste qui a fait entrer la marinière dans le vestiaire féminin.
Avec quoi porter une marinière ?
Avec un jean droit ou large pour un look casual chic, un blazer pour habiller la tenue, et des ballerines ou des baskets blanches. La marinière se suffit à elle-même : mieux vaut rester sobre sur le reste pour garder une allure parisienne.